logo-celine-weissier ESPACE ENTREPRISES

Les fautes commises, par Nadine Le Moal

Biographe dans l'Oise et à Paris, Céline Weissier vous accompagne dans votre projet de rédaction !

189 pages, témoignage personnel et familial

Extrait :

« J’aimerais commencer ce récit en vous parlant des monts d’Arrée, ce coin de la Bretagne profonde et du Finistère Nord auquel je suis profondément attachée, puisqu’il s’agit de ma terre de naissance et de cœur. Ce morceau de Bretagne, qu’on nomme encore parfois « la Bretagne profonde » — c’est vrai que durant très longtemps, les étrangers disaient que les Bretons étaient des culs-terreux — reste cher et unique à mes yeux ! J’y retourne toujours avec plaisir, et si aujourd’hui le progrès est arrivé dans ces campagnes, dans les années 1950, les gens « de la ville » prenaient vraiment les Bretons pour des personnes totalement incultes, le confort ayant mis du temps à parvenir dans les terres les plus reculées et à être adopté, un peu comme dans toutes les campagnes…

*

Cette Bretagne, celle où j’ai fait mes premiers pas, était et reste un pays de légendes. Dans les monts d’Arrée et dans la forêt du Huelgoat, il était d’usage de dire que quantité d’esprits peuplaient les lieux. Dans les familles, on parlait de la forêt du Huelgoat, prolongation de la forêt de Brocéliande, et de Merlin l’enchanteur, la fée Morgane, et de ces énormes rochers que Gargantua aurait lancés alors qu’il était en colère ! Visiblement, on ne lui aurait donné que de la farine de blé noir à manger, et cela lui aurait déplu ! Enfin, ça, ce sont les histoires qu’on me racontait quand j’étais enfant…

Les monts d’Arrée m’ont toujours laissé une impression quasi mystique. Chaque dimanche, avec ma grande sœur Syane, maman et mon père, à bord de la 4 CV, nous quittions Huelgoat et la brigade de gendarmerie où nous habitions pour rejoindre ces sols arides caressés par le vent. Les jours gris, le schiste comme taillé par la main de l’homme rivalisait de rudesse avec les nuages chargés de pluie qui semblaient gronder tels des monstres en colère. En cas de grand soleil, la lande sèche laissait éclater ses couleurs sous le ciel d’azur, le rose des bruyères attirant mon regard. J’avais le sentiment d’un rite de passage. De notre petit village, nous cheminions lentement vers la désolation, qui pourtant, présageait bien des réjouissances ! Tout paraissait ici si pur, si essentiel, comme lavé de tout vice et de toute méchanceté ! Si l’environnement pouvait paraître hostile à un étranger, il était synonyme de retrouvailles avec cousins et cousines, ma grand-mère — Mam Goz[1] —, tantes et oncles maternels. J’attendais ce moment toute la semaine ! À l’époque, toutes les familles étaient très soudées dans les campagnes : je pense donc que nous n’étions pas un cas isolé. »


[1] Littéralement maman/mère vieille en breton.